Biographie

 

 

« Enfant, je peignais les murs de l'arrière-cuisine, ce qui affolait mes parents. Bien qu'ils aient toujours adoré la peinture. Ils avaient six enfants à élever, mais trouvaient le moyen de se réunir avec des amis pour rassembler un peu d'argent et le consacrer à un peintre. Ainsi, chaque année, ils pouvaient choisir l'une des toiles de l'artiste en ques­tion. Toute leur vie, même quand ils n'en avaient pas les moyens, ils ont acheté de la peinture. Sans jamais se dire qu'elle était destinée à décorer un endroit précis: ils achetaient une toile sur un coup de cœur, ils s'organisaient ensuite.

Malheureusement. une partie de leur collection a été volée; notam­ment un paysage de Bourgogne, qui me plaisait beaucoup, tout comme des paysages de Grèce, signés Podevin, ou des toiles très colorées d'un peintre du Cap ­Ferret. nommé Hugon.

Mes parents on vécu dans le Nord de la France, où il y avait beaucoup de familles de collectionneurs de tableaux. Ma marraine est conser­vatrice au Musée d'Art moderne de la ville de Paris.

Nous avons aussi baigné, enfants, dans la musique, car maman était premier prix de chant, soprano, au conservatoire. Lorsque mon père est rentré du camp de concentra­tion où il avait été déporté durant la seconde guerre mondiale, elle a continué à chanter. En peignant, j'écoute parfois de l'opéra, mais plus souvent de la musique folklo­rique, grecque, ou brésilienne. J'aime ce qui est entraînant »

 

1979 :

« Je suis entrée à l'école d'arts graphiques Met de Penninghen. Mon père, qui avait fait faire il y a longtemps des calendriers pour les Houillères du Nord, avait gardé des contacts avec certains peintres dont il avait fait reproduire les œuvres, parmi lesquels Jean Podevin. Son fils avait fait Met de Penninghen, et une autre école d'art graphiques, aux États-Unis. Jean a proposé de m'aider à travailler. Et petit à petit. j'ai délaissé le graphisme pour la peinture.

Jean Podevin était installé à Boulogne, dans une sorte de dépôt, une grande surface dont l'ambian­ce était bonne, où je me suis ren­due pendant deux ans. Puis il a eu un bel atelier à Paris, rue Aubry-Ie­Boucher. J'y suis restée, à ses côtés, pendant huit ans. Il avait été professeur de dessin de perspecti­ve au lycée Pasteur, où il préparait les élèves au concours de l'école Polytechnique. Il a eu quelques autres élèves, qui restaient tou­jours peu de temps.

Il m'a d'abord, longtemps, fait étu­dier, à la gouache, la composition d'un tableau et les effets possibles de la matière. Il m'a appris à concentrer mon œil. J'ai commen­cé à m'amuser. J'ai beaucoup travaillé en le regardant peindre. J'ai osé certains gestes après l'avoir vu les faire; secouer un pinceau, exploiter une tache, par exemple. Il travaillait au couteau. J'ai commencé à travailler au couteau. Cela donne des effets construits. J'aime cet aspect rigoureux. Les effets obtenus au pinceau sont pour moi, souvent, trop mous. Même lorsque je travaille la gouache, j'ai tendance à commencer avec le couteau. J'aime aussi, beaucoup, les effets de matière. J'ai sans doute pris plus vite confiance en moi, et plus vite évolué, grâce à ce maître.

J'ai peint dès le début des bords de mer, des paysages du bassin d'Arcachon, où je passe mes vacances depuis l'enfance. J'aime tout travailler. Selon les périodes, j'épure ou je charge. La vue de la simple tache de couleur que fait une serviette de bain sur une plage peut déclencher une série de toiles vives, rouges, à un moment où je ne travaille que dans les bleus et dans les gris. Seule certitude: je n'aime pas le vert.

Tout dépend du moment et des voyages. Je ne sais jamais à l'avan­ce ni sur quoi je vais travailler, ni dans quels tons. N'importe quoi, même,une page de catalogue, peut m'inspirer. Je vois des toiles par­tout. Quand je suis en voyage, je fais beaucoup de photos. Et aussi des croquis. Je les interprète ensuite. »

 

1986-1988 :

« J’ai travaillé 3 ans à mi-temps dans un studio de création chez Dior parfums. J’y ai appris beaucoup de choses mais j’ai préféré le monde de la peinture. »

 

1989 :

Première exposition avec jean Podevin à Paris (Hôtel Plaza). « Il a été assez dur à ce moment là, il pensait que je devais désormais prendre mon envol seule, ne plus avoir un professeur à demeure qui vous aide qui rectifie ce qu’il faut… Et surtout, ne plus avoir de compagnie : au début j’étais un peu perdue, puis je me suis débrouillée… »
Premières toiles réalisées sur commande. « La commande m’amuse, je suis très humble par rapport à cela. Un sujet, une couleur, une dimension imposée, cela peut constituer un bon point de départ, à partir duquel je demeure libre. C’est un jeu excitant qui ne m’a jamais perturbée. Ma première commande c’était une nature morte pour un avocat qui voyait une boite de biscuits là où je n’avis mis qu’une tache. Quand j’ai eu à peindre l’Arc  de Triomphe
je l’ai travaillé en tournant la toile, le haut en bas, comme une toile abstraite.

 

1991 :

Premier salon (les Indépendants, Paris). « Lors de mes premières expositions je trouvais toutes mes toiles affreuses. Je n’ai jamais été intimidée mais cela m’a toujours cassé les pieds de devoir expliquer ma peinture. Je crois qu’elle doit être ressentie. Je ne suis pas triste à l’idée de voir partir une de mes toiles, au contraire. Seule celles que je vais faire m’intéressent.
Les gens qui regardent ma peinture veulent toujours savoir ce qu’elle signifie, moi, je ne sais jamais pourquoi je mets telle ou telle tache à tel ou tel endroit. Je sens simplement que j’en ai besoin, pour que la toile tienne, pour qu’elle ait de la force. Je le sens, c’est instinctif, surtout pas réfléchi. » 

 

1992 :

exposition personnelle à l'Institut Franco-Portugais de Lisbonne (Portugal).

"Le plus difficile est de savoir s'ar­rêter. De ne pas trop charger la toile. Certaines viennent "bien" tout de suite. D'autres prennent beaucoup de temps. Je les cache, je les retourne, j'essaie de m'en sortir et puis j'y reviens.

La peinture est un plaisir quand tout vient très vite. On a envie de musique gaie, c'est un jeu. A d'autres moments, c'est plus diff­icile. Rien ne vient. Ou bien, tout ce qui vient est mauvais. Dans de tels cas, souvent, je reprends le travail à la gouache, pour me détendre.

Quoi qu'il en soit, cela ne consti­tue jamais une torture, car j'ai par ailleurs une vie familiale très équilibrée, étant mère de deux beaux enfants.

Une bonne toile a besoin de peu de choses pour être solide. Une mauv­aise toile, il suffit de la gratter, et de recommencer. La matière ainsi obtenue permet de faire vibrer les couleurs déposées ensuite.

Je commence toujours à tra­vailler avec des bâtons à l'huile. Puis avec des jus, pour placer les couleurs. Puis au couteau, du plus maigre au plus gras. Je rem­plis très rapidement la toile, pour éviter d'avoir peur. En quelques heures, elle est composée.

J'aime la peinture gaie, colorée. Celle de Manet, certaines œuvres de Modigliani, de Nicolas de Stael ou de Picasso. Leurs sujets me sont égaux. C'est l'émotion que provoquent la couleur, la matière et la composition qui m'intéresse.

Quand je suis partie au Maroc, j'ai aimé les effets de perspective, au coin des rues; et dans les marchés flottants de Thaïlande, la couleur en mouvement. J'aime peindre au Cap-Ferret parce que les couleurs y changent tout le temps. Au Brésil, en Afrique, en Norvège...

En septembre, je serai à Venise. Quand je rentre, j'ai toujours envie de peindre. J'ai stocké des idées, je suis excitée."

 

 

 

 

 

 

 

1998-1999 :

multiplication des commandes: cartes d'invitations pour la Coupe du Monde et pour Roland Garros (Groupe Sommer ­Alibert), cartes de vœux (fleuriste Moreux, Préfecture de Charente, OPCE, MEDEF). Réalisation d'une fresque pour le tournoi de Roland Garros.

 

2001 :

« Je ne suis pas calme du tout. Ma peinture, je l'espère, fait ressortir ma joie de vivre. Je suis quelqu’un de positif. Mais de très nerveux. Peu serein. Je ne sais pas par quel miracle mes toiles sont calmes. Je peins des mers pai­sibles. Des siestes. Peut-être est-ce mon côté corse qui se manifeste là...

J'ai l'impression d'être un peu démodée, par rapport à ce qui se fait actuellement. Mais ça m'est égal. L'important est d'être honnê­te par rapport à ce qu'on est. Je ne vais pas me forcer à faire certaines choses pour être dans le coup. Je ne me prends pas du tout au sérieux en tant qu'artiste.

Je n'imaginerais pas vivre sans peinture. Si on m'empêchait de peindre, je me sentirais amputée.

Jean Podevin m'avait dit: « n'aban­donne jamais ta peinture, tu ne serais jamais heureuse. La peintu­re est pour moi un bonheur, un jeu, une joie. »

 

2002 :
Première exposition consacrée entièrement à un thème : le Maroc. Beaucoup de couleurs plus douces, moins de bleu qu’auparavant, plus de couleurs chaudes. J’ai de plus en plus envie d’épurer mes toiles.

 

2003-2004 :
Me voilà lancée sur le thème de la Corrida ; non pas que j’aime sa pratique mais je suis sensible aux mouvements du taureau et du toréador, c’est l’occasion pour moi de faire des toiles très colorées, très vives.
Dans le même temps je commence mes premières toiles sur le thème de la musique avec comme instrument principal le piano. A l’opposé de la tauromachie ces toiles sont plus douces, plus reposantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2005 :
Je franchis un cap, j’ai envie d’abstrait. Beaucoup de gris, moins de couleurs, je m’amuse avec la composition, insère des mots, casse le côté un peu rigide du couteau avec des arrondis tracés au pinceau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2006-2007 :
Je suis toujours dans l’abstrait mais je reviens un peu à la couleur, toujours des tons chauds, des rouges et aussi des violets. Je travaille dans des grands formats pour me sentir plus libre. Durant cette période je reçois beaucoup de commandes que je réalise à partir d’esquisses.

 

 

 

 

 

 

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